Homélie du 6ème Dimanche du temps ordinaire
- Paroisse Saint Louis
- 16 févr.
- 5 min de lecture

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6ème Dimanche du temps ordinaire
« Réjouissez-vous, tressaillez de joie, dit le Seigneur, car votre récompense est grande dans le ciel. »
Frères et sœurs,
Nous entendons en ce jour les Béatitudes dans la version de Saint Luc, alors que nous sommes tous habitués à les entendre dans la version de Saint Matthieu, notamment lors de la Solennité de la Toussaint. Il est intéressant de mettre en parallèle les deux versions car alors apparaissent des accents importants chez l’un et l’autre des évangélistes.
Dans la version de Saint Matthieu, Jésus prononce ses paroles sur la montagne, sur laquelle Il s’assied et Il enseigne ses disciples. La montagne est le lieu de l’union à Dieu et renvoie à la montagne du Sinaï où Moïse avait reçu les 10 commandements. D’autre part la position assise de Jésus reprend celle des Maîtres et des Docteurs qui enseignent dans la chaire de Moïse, en étant assis. Chez Saint Mathieu, Jésus nous est montré comme le nouveau Moïse, non plus sur le Mont Sinaï, lieu de l’ancienne alliance, mais sur le Mont des Béatitudes, lieu de la nouvelle alliance. Jésus apparaît donc comme le nouveau Moïse, et l'enseignement de Jésus, appelé le sermon sur la montagne dont font partie les Béatitudes, devient la nouvelle Torah apportée par Jésus. Dans la version de St Luc les choses sont complètement différentes. Jésus ne monte pas sur la montagne mais Il descend dans la plaine et là, Il va enseigner ses disciples. St Luc ne cherche pas à montrer Jésus comme le nouveau Moïse, mais il Le montre comme celui qui enseigne dans la plaine où différents peuples sont présents. Saint Luc met tout de suite l’accent sur l’universalité du message de Jésus qui est pour toute la terre et tous les peuples.
Une autre spécificité de la version de Saint Luc apparaît avec les 4 malédictions qui développent les Béatitudes. Ces invectives sont plus de l’ordre d’une mise en garde ; elles ne sont pas des condamnations, elles ne sont pas motivées par la haine, l’envie ou l’hostilité profonde. Il ne s’agit pas de condamner, mais de mettre en garde afin de sauver.
Enfin dans les deux versions, celle de Saint Matthieu et celle de Saint Luc, nous retrouvons une distinction fondamentale entre le monde tel qu’il est, avec ses souffrances et ses injustices, et le Royaume de Dieu où l’homme est appelé à être pleinement et profondément heureux. Les Évangélistes nous redisent que ces deux ordres sont bien distincts.
Avant d’entrer dans le sens spirituel de Béatitudes, je voudrais m’arrêter sur une des appellations que l’on a souvent donné à cet enseignement de Jésus ; on en a souvent parlé comme de la ‘Loi Nouvelle’. Et je voudrais reprendre avec vous les différents types de lois que Dieu nous a données pour nous aider à vivre en alliance avec Lui.
En premier lieu, il y a la ‘loi naturelle’, celle que Dieu a inscrite dans le cœur de l’homme. La Bible nous apprend que l’homme est créé à l’image de Dieu. Les aspirations profondes du cœur de l’homme, antécédentes à la réalité du péché, correspondent donc à ce que Dieu a mis au plus profond de notre nature. La loi naturelle nous pousse non seulement à faire le bien, à rechercher le bien, mais elle permet aussi à l’homme d’être heureux en faisant le bien et en aimant. Bien que mise dans le cœur de l’homme au moment de la création, la loi dite naturelle est affirmée par des prophètes comme le prophète Jérémie des siècles plus tard.
Il y a ensuite la loi que l’on appelle la ‘loi révélée’. Et dans la loi révélée, nous en distinguons deux. D’une part, la loi de l’ancien testament ou de l’ancienne alliance. C’est principalement la loi donnée à Moïse, notamment en premier lieu avec les 10 commandements. D’autre part, la loi du nouveau testament ou de la nouvelle alliance qui comporte l’enseignement de Jésus transcrit dans les Évangiles, avec en premier lieu l’enseignement de Béatitudes. On appelle encore cette dernière loi révélée, la loi nouvelle ou la loi évangélique.
Tout homme, en vertu de sa nature humaine, est appelé à obéir à la loi naturelle. Tout chrétien, en tant que disciple de Jésus, est appelé à obéir à la loi naturelle, et aux deux lois révélées, celle de l’ancien testament et celle du nouveau testament. Et tout catholique baptisé est appelé à obéir en plus à la loi de l’Église. Toutes ces lois ne se contredisent pas, ne s’opposent pas. Au contraire elles se complètent, se développent et se précisent. On a souvent à tort présenté la loi nouvelle, notamment avec l’enseignement des Béatitudes, comme opposée à celle de l’ancien testament. C’est stupide. La loi nouvelle vient accomplir la loi ancienne. Elle témoigne du développement et de la progression de la Révélation de Dieu, mais elles ne sont aucunement opposées. Comme nous allons le voir maintenant, la finalité de la loi nouvelle est au service de l’amour qui vient accomplir et parfaire toute loi.
Tout ceci étant dit, que peut-on dégager spirituellement des Béatitudes ? Je vous suggère quelques pistes.
En premier lieu, les Béatitudes nous montrent que Dieu rejoint l’homme dans toutes les situations de sa vie, et plus particulièrement dans la souffrance. Nous voyons en outre que Dieu appelle l’homme au bonheur. Je crois que c’est la première loi chrétienne qui devrait d’ailleurs être enseignée : la foi chrétienne est un chemin qui conduit au bonheur profond, parfait et durable en Dieu et avec Dieu.
Le fait que Dieu rejoigne l’homme dans sa souffrance met en lumière la réalité de l’Incarnation où Jésus a porté lui-même la souffrance de l’homme. En ce sens, les Béatitudes sont un chemin que Jésus a lui-même emprunté. On peut dire que Jésus a vécu humainement chacune de ses Béatitudes. Les Béatitudes deviennent donc le lieu d’une communion profonde avec Jésus pour tous ceux qui les vivent. Elles deviennent ainsi le chemin et le moyen pour devenir disciple de Jésus.
Le dernier aspect que je souhaiterais laisser à votre méditation, c’est qu’il y a en arrière-plan des Béatitudes le dépouillement de Dieu qui s’est abaissé jusqu’à la mort de la croix. Cet abaissement n’est pas compréhensible en dehors de l’amour que Dieu nous porte, qui est la vraie et fondamentale loi morale du christianisme. Ce mouvement d’abaissement mû par l’amour s’oppose à l’égoïsme, à la recherche du bonheur parfait sur terre où l’homme s’est hissé à la place de Dieu. Le chemin des Béatitudes nous montre que l’accomplissement de la loi qui conduit au bonheur est l’amour qui pousse à rejoindre l’autre et à se donner totalement pour les autres.
Frères et sœurs, profitons de cette semaine pour relire cet Évangile et méditer sur chacune de ces Béatitudes. Regardons celles où nous sommes en communion avec le Christ. Regardons celles que nous ne vivons pas complètement : elles sont pour nous le lieu de croissance dans la sainteté et l’union à Dieu. Amen !
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